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I Première Partie . L'Espagne dans le dernier quart du XIX siècle

Machado naquit en 1875 sous le règne d'Alfonse XII, au début de La Restauration qui succéda à la brève République 

Ce fut  une période d'accalmie relative mais, face à une Europe moderne et puissante, l'Espagne était un pays pauvre, attardé.

Dans le dernier quart du XIX siècle, l'inquiétude et le pessimisme se faisaient de plus en plus sensibles et annonçaient la grande secousse intellectuelle qu'allait produire le désastre de 98.

 C'est alors que fut publié un essai, écrit par Lucas Mallado,  Les maux de la Patrie" qui, dénonçait la pauvreté, le retard du peuple espagnol et les mythes sur lesquels elle vivait encore.

Cet ouvrage ouvrait la voie à la réflexion d'un groupe d'historiens et de sociologues dont Joaquin Costa qui, interrogeant la réalité de l' Espagne, mettaient en lumière son retard, sa misère.

 

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                                            Joaquim Costa                               

  Joaquim Costa lança le fameux mot d'ordre "fermer à double le sépulcre du Cid"  

 "dar siete llaves al sepulcro del Cid ".

On ne peut pas plus clairement exprimer la volonté délibérée de rompre avec les fantômes du passé.

   La grande figure de cette fin de siècle fut Giner de los Rios (1839- 1915),

Il était né dans la province de Malaga, il étudia la philosophie à Barcelone et à Grenade puis s'installa à Madrid en 1863, où il côtoiya le professeur Julián Sanz del Río, introducteur en Espagne des idées de Krause qui marqueront profondément sa pensée et son œuvre .

 

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                                                              Francisco Giner de los Ríos

 Il obtint la chaire de Philosophie du Droit et de Droit International à l'Université de Madrid. Son caractère profondément critique et son travail considérable en tant qu'enseignant en firent l'une des figures incontournable du Madrid universitaire. 

En 1875 le Ministère ordonna que les programmes fussent soumis à l'approbation des recteurs et interdit tout enseignement contraire au dogme ou au trône. De nombreux professeurs, s'indignèrent de cette attaque contre la liberté de la science et de l'enseignement et protestèrent publiquement..

Tous se virent retirer leur chaire.

Giner forma, avec quelques collègues le projet de lancer une université libre afin de dispenser l'enseignement universitaire de leur choix. L'article 24 de la Constitution espagnole de 1876, leur en donnait le droit.  Il fonda La Institución Libre de Enseñanza (L'Institution libre d'enseignement ) qui  ne tarda pas à acquérir une renommée nationale et internationale. Elle devint  "l'Alma Mater" de l'Espagne

   Giner s'attacha à former des hommes. Il  était avant tout un pédagogue, un éducateur d'âmes et d'intelligences; il savait l'importance d'un changement profond des méthodes éducatives comme préliminaires à un progrès politique. Autour de lui  un groupe d'hommes des professeurs sans université  y consacrèrent leur vie 
   
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L'enseignement était basé sur le dialogue, la relation familière avec les enseignants, l'ouverture aux cultures étrangères, la pratique de l'éducation physique, les excursions dans la campagne et à la montagne, les Beaux Arts, le dessin et la musique, les visites dans les musées, dans les usines, dans des centres d'artisanat ou scientifiques faisaient partie de l'enseignement.

     Mais Giner attachait de plus en plus d'importance à l'éducation générale. Il avait constaté combien l'enseignement dispensé à cette époque était déplorable et s'intérrasa auxpédagogiques novatrices qui alors faisaient leur apparition dans le monde occidental.

Trois ans plus tard, l'Institution se transforma en un collège libre d'enseignement général comprenant, sans solution de continuité, école maternelle, école primaire et école secondaire.

C'était une école avant tout éducatrice, modernes à base de méthodes actives. 

 Il exigeait des enseignants un bon niveau culturel et scientifique .En contre partie,, ils  recevaient une  rémunération telle que personne, État, commune ou particulier, ne pût  attenter à leur dignité.

Il voulait que les meilleurs maîtres aillent dans les écoles rurales et y soient mieux payés qu'ailleurs.

Pour cette "oeuvre sacrée qu'est l'éducation nationale", Giner sollicita la collaboration de toutes les institutions car il estimait que cette tâche se situait « au-dessus des divergences les plus profondes et devait réunir tous les hommes de bonne volonté.

 L'ILE fut un lieu d'innovation permanent. Elle fut pour beaucoup dans la modernisation de l'Espagne.

Elle contribua à former de façon définitive les futurs cadres de la gauche espagnole. Elle eut une influence décisive dans la vie d'Antonio Machado

Cependant cette oeuvre n'atteignit ni la vieille Espagne fidèle à l'éducation religieuse ni le peuple puisque vers 1900 plus de la moitié des Espagnols était illettrée

 

1898 ou la génération du désastre.

 Le 1 mai 1898, aux Philippines, les navires de l'escadre espagnole sont bombardés et coulés par les canons américains. 

 Les rêves de grandeur de l'Espagne s'achèvent sur la signature du traité consacrant la perte de ses dernières colonies. Pourtant, soyons clair, l'Espagne ne perdit alors que les trois îles qui lui restaient de son vaste empire : Cuba, Puerto Rico, les Philippines

 Mais la date de 98 est un symbole: la tragédie de la décadence se cristallisa autour de cet événement. 

 Deux œuvres importantes annoncent directement la future génération née de la grande secousse de 98: celle de Ganivet et celle de Miguel de Unamuno 

 

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                                             Angel Ganivet                         

En 1897, Angel Ganivet avait fait paraître l'Idearium; une méditation sévère sur les défauts et les vertus de sa patrie, sur les causes de la décadence d'une nation qui fut puissante. Sans se complaire dans l'évocation des grandes heures de l'Espagne, il réfléchit, comme le fera Unamuno, sur le sens du Don Quichotte; il annonce cette relecture philosophique en même temps que littéraire que les hommes de la génération de 98 feront des oeuvres majeures  de la grande littérature  

 

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Miguel de Unamuno était né à Bilbao en 1864 où il fit ses études et c'est dans cette enfance provinciale qu'on peut trouver l'origine de son attention à l'égard d'une Espagne concrète avec ses ruelles et ses paysages, sa pauvreté et ses rêves.

Professeur de grec, philosophe, romancier, poète, il fut nommé, en 1901,recteur de l'université de Salamanque et occupa la chaire de littérature espagnole.

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De 38 à 60 ans, Unamuno fut l'homme de Salamanque, homme de lecture, de recherche certe, mais aussi voyageur infatigable

Si j'étais l'homme livresque qu'imaginent eux qui ne me connaissent pas, si je n'allais d'un lieu à l'autre, bavardant avec tout le monde, si le soleil ne m'avait pas plusieurs fois pelé le visage, croyez-vous que je conserverais cette force de passion qui se change parfois - dit-on - en injustice "

 

Bilbao, Salamanque et la Castille forment pour lui le triangle de l'Espagne familière

" Forêt de pierre arrachée par l'histoire

aux entrailles de la terre mère,

eau dormante de paix, je te bénis,

ma Salamanque"

 

 

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     En 1897, il publia  "En torno al casticismo" (L'essence de l'Espagne) une suite d'études pleines de passion et de brillantes réflexions, parfois paradoxales, mystiques, qui annoncent les préoccupations qui seront celles de la génération de 98, 

Unamuno fut enveloppé dans cette exaltation féconde qui saisit alors l'intelligentsia espagnole à laquelle des hommes comme lui ont donné ses lettres de noblesse .

La génération de 98

   La génération de 98 ne constitue pas une école littéraire; plus qu'un mouvement, ce fut une attitude, une réaction spontanée.

 Le désastre de 98, vécu dramatiquement, déclencha une réaction identique même si elle s'exprima dans des registres différents. 

Ils ont un langage commun, influencé par le "modernisme" mouvement littéraire strictement contemporain de la génération de 98 dont le grand maître, l'initiateur fut le poète nicaraguayen Rubén Dario.

C'est d'une ancienne colonie de l'Espagne que vint ce renouveau de la prose espagnole et de la poésie et dont  le plus brillant représentant fut  Ramón del Valle-Inclán, l'orfèvre des mots et de la langue

 

 

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                                    Ramon del Valle Inclan 


L'Espagne et  une interrogation dramatique sur le destin de leur patrie sont les thèmes favoris de cette génération.

 Unamuno disait " j'ai mal à l'Espagne, comme je pourrai avoir mal au ventre"  

Ils investissent la Castille d'une force spirituelle à qui l'on accorde une signification métaphysique, comme en témoigne le magnifique poème de Unamuno

                           " Tu m'élèves, terre Castille,

                          sur la paume rugueuse de ta main

                          vers le ciel qui te brûle et te reverdis

                         vers le ciel,  ton maître,``

                          Tterre nerveuse, sèche, dépouillée

                          source de force et de courage

                          le présent a en toi

                          les nobles couleurs du passé

                        Autour de la prairie concave du ciel

                        s'accrochent tes plaines dénudées."

 

De tous ces hommes de 98, Machado fut sans doute celui qui resta le plus fidèle jusqu'à sa mort à l'esprit qu'il avait partagé avec ses compagnons entre 25 et 30 ans.

 Seconde Partie 

Antonio Machado 

On l'a appelé le poète de l'Espagne des hommes et des paysages. Il n'a jamais donné dans le lieu commun, dans le conformisme pseudo-patriotique, le nationalisme borné.

 Antonio, el Bueno comme on l'appelait, n'a jamais été ébloui par sa gloire, car il savait au plus profond de lui -même que "nada menos que todo un hombre".

  Enfance

Il est né à Séville en juillet 1875, dans le célèbre "Palacio de las Dueñas " , où ses parents avaient loué un appartement .

A peine un an le séparait de son frère Manuel.

Séville ce sont les années de son enfance. Resteront toujours gravés dans sa mémoire le patio, le jet d'eau, le parfum des orangers, l'éblouissante lumière de l'été andalou.

Son grand père Antonio Machado y Nuñez (1815- 1895) était un républicain d'une absolue intégrité. Il fut maire de Séville à la chute d'Isabel II, chute à laquelle il avait contribué, puis gouverneur civil de la province.

C'était un homme d'une inlassable curiosité et d'une  incroyable culture : médecin, chirurgien, professeur, naturaliste, géologue, anthropologue, ornithologue. Très doué ,il  avait très jeune pratiqué la médecine au Guatemala, passé trois ans en France, "pays des Droits de l'homme '-"qu'il admirait. 

Il était un ardent défenseur de la science, un chercheur, un divulgateur des théories de Darwin, donc très mal vu du Clergé, sans compter qu'il devint sans doute franc- maçon vers 1872

 Il fut l'un des premiers collaborateurs de La Institución.

Professeur à la Faculté de médecine en 1844, il épousa Cipriana Alvarez Duran

 la nièce de Duran qui fut à l'origine des recherches sur le folklore espagnol et le compilateur de monumental "Romancero general"  

Cipriana, donc la grand mère de notre poète, était très proche de son oncle; elle –même fort cultivée; peintre, poursuivit les recherches sur la poésie populaire.

Il semble que ce fut dans le Romancero qu'Antonio et ses frères apprirent à lire

Antonio Machado y Nuñez, leur père était lui aussi un esprit brillant; il avait fait des études de droit et de philosophie et était professeur à l'université .Il fit aussi de longues recherches sur le folklore

 

 

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Il était l'ami de Joaquim Costa et de Giner de los Rios dont il partageait des idées libérales et républicaines.

 Il épousa en 1873 une Sévillane, Ana Ruiz Hernandez, d'une famille sans doute moins intellectuelle qui comptait des marins parmi ses ancêtres.

Notre poète naquit donc dans une famille de tradition libérale et intellectuelle.

      Dans  Portrait, Machado, il s'affirme héritier de la tradition familiale écrit 

   Hay en mis venas gotas de sangre jacobina,   ...Il coule dans ma veines du sang de jacobins                   pero mi verso brota de manantial sereno;          Mais mon vers jaillit d'une source sereine.

 

Madrid 

En 1883, la famille s'installa à Madrid où le père avait été nommé professeur à l'Université. Antonio et son frère furent alors inscrits à la Institución Libre de Enseñanza.

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Antonio y demeura jusqu'en 1889 et ces années furent essentielles dans sa formation intellectuelle.

Il y acquiert des valeurs éthiques fondamentales; le goût de l'effort, le libéralisme, la tolérance, le sens de l'austérité de vie, de la dignité, de la solidarité, un esprit critique, rationnel, laïc, éloigné de tout dogmatisme, le désir de rechercher la vérité, le patriotisme.

Il garda une affection profonde pour l'Institution et son maître Giner de los Ríos q'il évoque en ces termes:

"Il s'asseyait au milieu de ses élèves et travaillaient avec eux...Sa méthode était socratique: un dialogue simple. Il savait stimuler les enfants pour leur apprendre à penser par eux-mêmes".     

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 et c'est sans doute son influence qu'il  décidera d'être  professeur à son tour  

L'Institution marqua profondément sa personnalité, il y resta toujours attaché.

 

 II Jeunesse (1895-1907)

Six enfants étaient nés dans la famille et la charge était lourde pour le père. Il accepta de s'exiler pour un temps à Porto Rico où on lui offrait un poste d'avocat fort bien payé; mais il tomba gravement malade

On dut le rapatrier et il mourut à Séville;  seule son épouse était auprès de lui; ses enfants ne le reverront pas.

Puis en 1895 disparût le grand père.

 La famille connut alors de graves difficultés financières. Le jeune frère Joaquin émigra au Venezuela où il resta 5 ans. Antonio ne savait quelle voie choisir. Il était attiré par le théâtre. Il jouait  de petits rôles, menait une vie de bohème heureuse, on le retrouvait  dans les cafés littéraires. Il commençait  à publier ainsi que Manuel dans une petite revue.

En 1898, les vieilles valeurs avaient sombré avec la flotte dans les eaux du Pacifique. Naissait alors la génération de 98. Des hommes, un peu plus jeunes commencent à faire parler d'eux: Azorin, Pio Baroja, et Machado. 

Poussés par la nécessité, les deux frères vinrent à Paris où ils passèrent quelques mois engagés comme traducteurs par la Maison Garnier

"En 1899, Paris était encore la ville de l'Affaire Dreyfus, du symbolisme, de l'impressionnisme. J'y fis la connaissance d'Oscar Wilde et de Moréas. La grande figure littéraire était alors Anatole France"

Cette note biographique laconique écrite en 1932 souligne les deux pôles d'intérêt du poète: la politique et la littérature.

Antonio perfectionnait son français, participa à une manifestation en faveur de Dreyfus. Les deux frères écrivirent leurs premiers poèmes "Alma" , et  "Soledades"

A leur retour en Espagne, ils assistèrent à l'explosion moderniste dont Rubén Dario était le chef de file. une poésie attentive à la musicalité des mots  

 Juan Ramon Jimenez, très jeune encore mais déjà important au sein du mouvement dira

" Le modernisme n'a pas été seulement une tendance littéraire, mais une tendance générale...C'était une rencontre nouvelle avec la beauté enterrée au XIX par le ton général de  bourgeoise. Le modernisme est un grand mouvement d'enthousiasme et de liberté, vers la beauté".

Les jeunes modernistes lancent la revue Electra. Machado en fut l'un des premiers collaborateurs ainsi que son frère Manuel et Valle-Inclan. Lui succéda  1902 "La revista ibérica" à laquelle collaboraient Unamuno, Giner de los Rios.

En 1902, les deux frères séjournèrent à nouveau à Paris où Antonio avait un vague poste de secrétaire d'ambasssade;  il y fit la connaissance de Rubén Dario qui sera pour lui un véritable ami. En 1907, Rubén écrira un poème qu'Antonio choisira pour prologue à ses poésies complètes.

 

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Revenus à Madrid, les deux frères fréquentaient régulièrement les réunions organisées chez le poète Juan Ramon Jimenez. Tous deux entraient dans la vie littéraire, ils participeèrnt à la revue" Helios" qui publiait les meilleurs écrivains de l'époque et dont le rédacteur principal était Juan Ramon Jimenez.

 Antonio prenait de plus en plus conscience de sa vocation.

Dans le journal "El pais", il publia un article sur un livre de poèmes de Juan Ramon Jimenez, étude fine et lucide qui interroge les beautés des vers et l'émotion qu'ils éveillent chez le lecteur.

 Puis il interroge les reproches que l'on fait parfois aux poètes:

"On nous dit égoïstes et rêveurs. J'ai beaucoup médité là  dessus. Si ceux qui parlent ainsi avaient raison il nous faudrait le confesser et nous interroger. Mais, je ne peux accepter l'idée que le poète soit un homme stérile qui se forge une vie meilleure en se contemplant lui-même.Je crois qu'une poésie qui veut toucher chacun doit être très  intime. Le plus profond est le plus universel.."

Une autre admiration de Machado lui permit de se découvrir lui-même. Celle qu'il  porta  à Miguel de Unamuno.

En 1905, le journal "La république des lettres" publia un article de Machado, sur le dernier ouvrage de Unamuno."Vie de don Quichotte et de Sancho".

Ce que j'admire consciemment chez Unamuno, c'est son activité spirituelle constante et héroïque. Unamuno est admirablement sincère dans ses écrits et ses déclarations. La preuve est qu'il ose extérioriser ses moments de profonde dépression de l'esprit ..Je l'admire pour la force de son esprit et je l'ai déjà comparé à Ignace de Loyola, de la même terre que lui. Unamuno est dans la lignée des mystiques espagnols, des âmes de feu. Au grand laxisme de sentiment et à la misère intellectuelle qui nous accable, Miguel de Unamuno oppose son âme ardente."


En 1905, Machado se présenta au concours lui donnant accès à l'enseignement et en 1907, il fut nommé professeur à Soria

Cette année-là, il publiait "Soledades. Galerias. Otros poemas".

Le poète se souvient des fontaines et des grilles des patios andalous, des tours d'où s'envolent les cigognes

 " La place, les orangers cachés

 avec leurs fruits ronds, souriants.

 Vacarme des petits collégiens

qui sortent en désordre de l'école"

"Le citronnier languissant suspend une branche pâle et poussiéreuse

 sur l'enchantement de la fontaine pure

Là, au fond rêvent les fruits d'or

  je suis seul dans le patio silencieux "

Une poésie intimiste, nostalgique et qui déjà préfigure le thème humain de la poésie de sa maturité et la conscience aiguë de la fuite du temps, de la mort" qui ne manquera pas au rendez vous"

Le voyageur

                   J'ai connu beaucoup de chemins

                     J'ai tracé beaucoup de sentiers

                       Partout j'ai vu

                     Des caravanes de tristesse

                   De fiers et mélancoliques ivrognes

                     et des cuistres,

                  qui regardent, se  taisent, et se croient savants

                    car ils ne boivent pas le vin des tavernes

                 Et partout j'ai vu

                   des gens qui dansent ou qui jouent

                  quand ils le peuvent , et qui labourent

                Quand ils vont cheminant,  ils vont sur dos dune vieille mule

                  Ils ne connaissent point la hâte

                 S'il y a du vin ,ils en boivent

                sinon ils boivent de l'eau fraîche

               Ce sont de braves gens qui vivent,

            qui travaillent, passent et rêvent

               et qui un jour, comme tant d'autres reposent sous la terre 

Je crois que depuis bien longtemps on n'a écrit une poésie aussi douce et aussi belle que ces courtes compositions qui mystérieusement sourdent du fond de l'âme (Juan Ramon Jimenez)

Manuel publie "Alma. Museo Cantares."

Les deux frères sont très proches et Manuel est alors un peu plus célèbre qu'Antonio .

 

 

Soria 1907 1912

 

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 En 1907, j'obtins une chaire de professeur de langue française que je gardais pendant cinq ans, à Soria. C'est là que je me mariais, là que mourut ma femme dont le souvenir m'accompagne toujours". Machado.

      Soria est alors une ville de province de 7.000 habitants. Édifiée à 1.000 mètres d'altitude, elle domine la large courbe du Douro. C'est une ville  riche en beaux monuments, entourée d'une muraille. Le Douro coule entre deux collines surmontées l'une du château, l'autre de l'ermitage.

     En mai 1907, un bref séjour à Soria lui  inspire ce beau poème l"Au bord du Duero" qui paraît dans ce recueil " galerias" à la fin du mois d'octobre 1907.


 

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La ferveur qui se dégage de ce premier poème consacré à la Castille annonce la communion intime qui va s'établir entre le poète et cette région. 

 Machado se promène

Au sommet du clocher une cigogne s'est penchée.

Tournant autour de la bâtisse solitaire…

Peupliers du chemin tout blanc, peupliers du rivage

Ecume de la montagne``

Devant le lointain d'azur`

Soleil du jour, claire journée

Belle terre d'Espagne

 

 A l'occasion du centenaire de 1808, trois journaux se réunissent pour publier une série d'articles. Celui qu'écrit alors Machado nous montre sa préoccupation constante de l'Espagne

"Les dernières années de la vie en Espagne ont profondément changé notre psychologie. ... le souvenir du récent désastre national surgit dans notre esprit comme un nuage noir qui cache le soleil épique d'autres matins.. Ce coup avait été prévu par une minorité de gens intelligente et il surprit la majorité des nôtres...

Nous sommes les fils d'une terre pauvre et ignorante, d'une terre où il y a tout à faire..Nous savons que la patrie est quelque chose qui se construit jour après jour et ne perdure que par le travail et la culture. Nous savons que la patrie n'est pas la terre que l'on foule mais la terre que l'on travaille..

 .Aujourd'hui où nous remuons les nobles cendres des héros de 1808 rendons-leur l'hommage sérieux et respectueux qu'ils méritent. Au prix de leur sang, ils nous ont gardé la terre qu'aujourd'hui nous devons travailler.Nous avons prouvé que nous savons mourir et cela nous le savons Tentons maintenant d'apprendre à vivre si nous voulons conserver le peu que nous avons encore".

Le 1 octobre 1910, à l'occasion d'un hommage solennel  à un ancien professeur de philosophie, il prononce un discours

   "Dans une nation pauvre et ignorante, dans une nation presque analphabète... dans cette Espagne tant aimée et si malheureuse, dans cette Espagne qui fronce le sourcil ou tourne dédaigneusement le dos aux fruits de la culture, dites-moi: un homme qui élève son coeur et son esprit vers un idéal quelconque n'est-il pas un hercule ...Notre mentalité nous conduit à préférer nous battre plutôt que de comprendre..presque jamais nous ne manions les armes de la culture qui sont les armes de l'amour...."

 

Et s'adressant aux jeunes gens, il ajoute: Fuyez l'oisiveté culturelle qui remplit les esprit de rêveries homicides. estimez les hommes pour ce qu'ils sont, non pour ce ils paraissent. Aimez ceux qui sont bons et savants, ce sont eux les puissants de ce monde.."

      Machado passa cinq ans à Soria, et ces cinq années eurent une importance capitale dans sa vie d'homme et de poète.

Soria, c'est la découverte de cette âpre terre de Castille qui sera l'une des  sources les plus fécondes de son oeuvre poétique.

       Il épousa en 1909, une jeune fille de 16 ans, Leonor, qui sera le grand amour de sa vie 

 

 

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En  janvier 1911, Machado qui vient d'obtenir une bourse part à Paris avec sa jeune femme. ils visitent la ville rencontrent Rubén Dario; il assiste à des cours à la Sorbonne, en particulier aux cours de Bergson.

 

 

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Ils visitent la ville; ils sont heureux, amoureux.Brusquement le drame vient bouleverser leur vie. Ils devaient passer l'été en Bretagne. La jeune femme tuberculeuse a une crise d'hémoptysie le jour du 14 juillet.

Jour de fête nationale, de liesse, au cours de laquelle Machado,étranger dans cette ville, cherche désespérément un médecin.Il parvient à la faire entrer dans une maison de santé où elle demeurera un mois et demi. Les médecins lui conseillent de revenir en Espagne.

Ils n'ont pas d'argent, c'est Ruben Dario qui vient à leur aide.

Ils repartent à Soria. Léonor va de plus en plus mal, Antonio ne la quitte pas, la soigne, la promène dans une petite voiture. Il est marié depuis deux ans. Léonor est incurable mais jusqu'à la fin il espère un miracle.

Dans un  poème daté du 4 mai, il écrit:

" mon coeur espère/aussi/ un autre miracle du printemps"

Le 1 août 1912, Leonor meurt;  elle vient d'avoir 18 ans. 

Le souvenir de la femme aimée, le désespoir qui le conduisit au bord du suicide.

"Seigneur, tu m'as arraché ce que j'aimais le plus.

entends encore une fois, mon Dieu, mon coeur clamer !

Ta volonté s'est faite, Seigneur contre la mienne

Seigneur, nous voilà seuls dès lors, mon coeur et la mer!"

 

Au début de l'été 1912, paraît son recueil de poèmes "Campos de Castilla" qui le consacre comme l'un des premiers poètes de langue espagnole.

Les éloges sont unanimes. Unamuno écrit:

"Ce livre m'a causé une impression presque mystique, puis j'en ai saisi tout le tragique Machado est un vrai poète Soria a éveillé quelque chose au fond de son âme, quelque chose qui serait peut-être resté endormi  s'il n'avait pas vécu dans cette ville."

A Soria il consacrera trois des plus célèbres poèmes de son recueil '"Campos de Castille "

" A orillas des Duero"  est l'évocation d une longue promenade qui le mène sur les hauteurs d'où l'on domine le paysage "

 

 C'était la mi – juillet"

 Je voyais l'horizon fermé par les collines

Obscures, couronnées de rouvres et de chênes

Des rocs pelés, quelque humble prairie

 Où paissent les moutons, où le taureau sur l'herbe agenouillé rumine

Et leurs verts peupliers au clair soleil d'été

Et silencieusement, des passants lointains si petits;

des cavaliers, des muletiers, des charrettes franchissant le grand pont

 et  les eaux argentés du Douro s'assombrir sous les arches de pierre

 

Castille de la douleur et de la guerre

Le duéro  perce le coeur de chêne

de l'Ibérie et de Castille.

Oh terre triste et noble

Terre des hautes plaines, de landes et rocailles

Sans labours, sans ruisseaux, sans bosquets

Aux villes décrépites,  aux chemins sans auberges

Avec ses rustres hébétés sans danse ni chanson

Qui vont encore abandonnant leur morne foyer ainsi que tes longs fleuves

Castille vers la mer

Castille misérable, hier dominatrice

Drapée dans ses haillons  méprise tout ce qu'elle ignore

Serait – ce qu'elle attend, qu'elle dort, qu'elle rêve?`

Se souvient – elle du sang versé

Quand elle avait la fièvre de l'épée?

Tout passe, tout s'écoule, tout se meut, court ou tourne``

changent la mer , le mont et  l'oeil qui les regarde`

est – elle passée à jamais?

Sur ces champs erre encore le fantôme

D'un peuple qui plaçait Dieu par dessus la guerre

cette mère autrefois féconde en capitaines

est aujourd'hui à peine une  marâtre

pour d'humbles rustres

La Castille n'est plus ce pays généreux

Qu'elle fut un jour  quand le Cid, Rodrigue  de Vivar`

 revenait`fier de sa nouvelle fortune et de son opulence offrir au  roi Alphonse

les vergers de Valence

Castille misérable, hier dominatrice

Drapée dans ses haillons  méprise tout ce qu'elle ignore

"Castille virile, terre ardente,

Castille du dédain envers le sort

Castille de la douleur et de la guerre

 

Les rives du Duero "

 

   Printemps de Soria, humble printemps.....

Oh terre ingrate et forte, terre mienne

Castille , tes villes décrépites!

L'âpre mélancolie

Qui peuple tes sombres solitudes`

Castille virile, terre austère

Castille du mépris envers le sort

Castille de la douleur et de la guerre`

terre immortelle, terre de la mort "

 

Ò tierra fuerte y ingrata, tierra mia/Castilla tus décrépitas ciudades / la agria melancolia /que puebla tus sombrias soledades/ castilla varonil, adusta tierra/ castilla del desdén contra la suerte/ castilla del dolor y de la guerra. Tierra inmortal, tierra de de la muerrte

 

Tierras de Soria"  ses paysages et la silhouette des hommes vivant  et peinant sur cette terre

" la terre de Soria est aride et froide`

Sur les collines et les sierras pelées sur les vertes prairies,

 sur les  coteaux de cendre `le printemps passe`

laissant entre les herbes odorantes

de  minuscules pâquerettes  blanches......

Blotti près du feu un vieil homme tremble et tousse,

 la vieille file sa touffe de laine et une fillette coud un galon vert à sa bure grenat`

Les vieux sont les  parents d'un muletier qui cheminait sur la terre blanche

et une nuit perdit la route et le sentier

et s'ensevelit dans les neiges de la sierra

Près du feu il y a une place vide et sur le front renfrogné du vieillard

 comme un tache sombre- telle sur un tronc de bois la marque de  la hache`

La vieille regarde la campagne comme si elle  entendait des  pas sur la neige.

 Nul ne passe             

                               Soria froide, Soria pure

                            tête d'Extrémadure,

                            avec son château guerrier

                             en ruines, sur le Douro

                             avec ses murailles rongées

                            et ses maisons toutes noircies

                            Façades à écusson

                           De cent lignages d'hidalgos

                            Soria froide! La cloche

                             du Tribunal sonne une heure

                            Soria, cité castillane

                            si belle sous la lune 

 

 

La conversion quasi religieuse à la Castille, les longues pérégrinations aux sources du Duero ont apporté à la poésie de Machado l'amplitude et la dimension temporelle qu'elle cherchait parmi les reflets de son moi.

Inspirée directement de la terre de Soria et d'une excursion aux sources du Duero, de la découverte de la lagune noire et du récit d'un paysan qui lui raconte le drame qui s'y est déroulé , naîtra son grand poème épique  "La tierra  d'Alvargonzalez".

 Mais il ne peut demeurer à Soria où il a été si heureux .

 

Retour en Andalousie.   Baeza 1912-1919

"me voici professeur

de langues vivantes

dans un village humide et froid,

`délabré, sombre,

entre l'Andalousie et la Manche"

 

                             images-3-copie-7.jpg

Ce poème , écrit en 1913 dit la tristesse, la monotonie de son existence, les conversations insipides, la pluie, les moissons. Il s'adapte difficilement à son nouveau milieu.

Sa douleur est encore trop vive. Cette Andalousie n'efface pas le souvenir de Soria. En témoigne l'un de ses plus beaux poèmes à José Maria Palacio.

Machado s'intéresse de plus en plus à la philosophie et prépare une licence.Il suit la renaissance des Lettres espagnoles: la publication du Sentiment tragique de la vie, de Unamuno, Castilla, d'Azorin 

 Il participe à la revue "España', cet hebdomadaire espagnol "né de la colère et de l'espoir" et qui compte à son sommaire les plus grands noms de la génération de 98.

 Il est bouleversé par la guerre de 14 qui vient d'éclater;. A Baeza, nul ne semble s'y intéresser.

"C'est la région la plus riche de la province de Jaen et la ville est peuplée de mendiants et de " señoritos" ruinés à la roulette. .On parle de politique. Tout le monde est conservateur.. Une population avilie par l'Église. Et l'homme de la campagne qui travaille, souffre, résigné ou émigre dans des conditions si lamentables qu'elles sont un suicide"

 De cette époque datent les portraits qu'il fait des "señoritos", de ces hommes jeunes ou moins jeunes qui traînent dans les cercles des petites villes d'Espagne,  chez qui l'hypocrisie tient lieu de vertu, entre autres l'hypocrisie religieuse.

  Et ce señoritisme n'est pas le privilège de  l'aristocratie. fausses valeurs, ignorance , inculture,     

                       " Notre  espagnol baille

                    est- ce la faim? le sommeil ? le dégoût?

                   Docteur a-t-il l'estomac vide ? `

                  Le vide plutôt est dans la tête

Machado ne défend pas pour autant une élite intellectuelle

" défendre et diffuser la culture est une même chose. C'est augmenter dans le monde l'humain trésor de la conscience vigilante. Comment ? en réveillant celui qui dort ... les gens de cette terre, je le  dis avec tristesse  car ils sont de ma famille, ont l'âme absolument imperméable"

 La ville dans laquelle il vit désormais lui inspirte une triste réflexion.

En apparence  cette ville semble plus cultivée que Soria car la population aisée est discrète, aime l'ordre, la moralité administrative et ne manque pas d'habitants cultivés et de collectionneurs de monnaies anciennes. Il n'y a qu'une librairie où l'on vend des cartes postales, des livres pieux, des journaux cléricaux ou pornographiques. Au fond il n'y a rien.

 Quand on vit dans ces déserts  spirituels, on ne peut rien écrire de tendre car il faut s'indigner pour ne pas se geler. Or ceci est l'Espagne, bien plus que l'Ateneo de Madrid...Ces jeunes gens, je les enverrai travailler dans les Alpujarras, je les y laisserai au moins deux ans. Je crois que ce serait beaucoup plus utile que de les envoyer étudier à la Sorbonne. Beaucoup alors disparaîtraient  du monde des lettres

En même temps survit l'esppoir  

" mais une autre Espagne naît,

l'Espagne  du ciseau et du maillet"

  Et cette Espagne, pour Machado n'est pas composée seulement des anciens élèves de la Institucion mais aussi de ce peuple "qui travaille comme nul autre, mais qui le fait en chantant"

En février 1915 meurt Giner  de los Rios .

Machado écrit un poème à la mémoire du maître et ami disparu qui paraît dans la revue "España" poème qui reflète la pensée de bien des Espagnols éminents qui souhaitent "un deuil de labeurs et d'espoir  "

En 1916, disparaît un autre ami, Ruben Dario.

Cette juin de cette année, il rencontre un jeune homme venu en excursion avec un groupe d'étudiants.  Ce jeune homme est Federico Garcia Lorca. qui assistera à une lecture de La tierra de Alvar Gonzalez

Antonio parcourt à pied la terre andalouse; il remonte à l'embouchure du Guadalquivir, revient voir  à Séville .

Les lectures philosophiques et la présence de la terre andalouse déterminent une nouvelle orientation dans son oeuvre qui apparaîtra dans les poèmes de 1917 

 Dans cette phase nouvelle, sa poésie  acquiert la concision et le rythme de la copla andalouse, loin de tout éclat tapageur .

 Proverbes et chansons"

              Todo pasa y todo queda,                                    Tout passe et tout demeure

             pero lo nuestro es pasar,                                     mais notre affaire est de passer``

              pasar haciendo caminos,                                      de passer en traçant 

              caminos sobre el mar.                                         des chemins sur la mer 

                                                   ***    

             Caminante, son tus huellas                             Voyageur, le chemin  

           el camino y nada más.                                    c'est les traces de tes pas, c'est tout  

          Al andar se hace camino                                 le chemin se fait en marchant

          al volver la vista atras                                    et quand tu regardes en arrière

           se ve la senda que nunca                                tu vois le sentier  que jamais

           se ha de volver a pisar.                                  tu ne dois à nouveau fouler 

          Caminante  no hay camino                          voyageur, il n'y a pas de chemin 

 

Mais toujours  au centre de ses poèmes, cette même  préoccupation de l'Espagne;

Ya hay un español que quiere                 Il y a désormais un Espagnol qui veut 

vivir y a vivir empieza,                             vivre et commence à vivre

entre una España que muere                     Entre une Espagne qu se meut 

y otra España que bosteza.                       Et une autre qui baille

Españolito que vienes                                Petit Espagnol qui viens au monde

al mundo, te guarde Dios.                          que Dieu te préserve. 

Una de las dos Españas                              Une des deux Espagnes 

ha de helarte el corazón.                               saura te glacer le cœur

En 1917, il publia ses  œuvres complètes précédées d'un poème que lui avait dédié son ami Ruben Darion   

ORACIÓN POR ANTONIO MACHADO   ORAISON POUE ANTONIO MACHADO

Misterioso y silencioso                                     Mystérieux, silencieux

iba una y otra vez.                                             sans cesse il allait et venait

Su mirada era tan profunda                              Son regard était si profond

que apenas se podía ver.                                  qu'on le pouvait à peine voir 

Cuando hablaba tenía un dejo                         Quand il parlait, il avait 

de timidez y de altivez.                                    un accent timide et hautain

Y la luz de sus pensamientos                           Et l'on voyait presque toujours 

casi siempre se veía arder.                                brûler le feau de ses pensées

Era luminoso y profundo                                  Il était lumineux et profondc

como era hombre de buena fe...                       car il était de bonne foi .. 

 

Enfin il fut nommé à Ségovie et se rapprocha ainsi de Madrid 

 


 

 

 

 

 

 

 




 

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Jacqueline Baldran Maître de conférences. Paris IV
 

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